Optimisation du réseau de transport : faire plus avec moins
Publié le 10 juillet 2026
« Faire plus avec moins » résume la contrainte du transport routier de voyageurs : plus d'offre, plus d'investissement, une transition énergétique à financer, mais des budgets sous tension. L'optimisation du réseau de transport et la modernisation des règles des appels d'offres deviennent les vrais leviers pour préserver la qualité de service.
- La transition énergétique nécessiterait à elle seule 3 milliards d'euros d'ici 2030, selon la FNTV.
- À l'approche de 2027, la taxe carbone européenne ETS2 pourrait renchérir le carburant de 10 %.
- Dans les appels d'offres, le critère prix pèse 60 % de la note, contre 40 % pour la technique, souvent peu sélective.
- Cinq leviers d'action sont proposés pour optimiser les politiques publiques sans sacrifier le service.
Un contexte financier tendu, des objectifs environnementaux ambitieux et des besoins croissants en mobilité : c'est dans ce triple défi que s'inscrit l'appel à « faire plus avec moins », lancé lors de l'assemblée générale de la FNTV à Clermont-Ferrand. Responsables régionaux et professionnels du transport routier de voyageurs y ont partagé pistes et inquiétudes, avec en toile de fond un impératif : maintenir un haut niveau de service malgré des marges de manœuvre qui se rétrécissent.
Derrière la formule se cache un enjeu très concret : l'optimisation du réseau de transport, c'est-à-dire la capacité à produire plus d'offre et plus de qualité à moyens constants, voire décroissants. Tour d'horizon des constats et des cinq leviers avancés par la profession.
L'impasse budgétaire : faire rouler plus avec moins de moyens
« Nous sommes dans un environnement à budget contraint, mais nous devons faire plus. »Jean-Sébastien Barrault, président de la FNTV
Plus d'offre de transport, plus d'investissement dans les infrastructures, et une accélération de la transition énergétique : à elle seule, cette dernière nécessitera, selon les estimations de la fédération, un effort financier de trois milliards d'euros d'ici 2030.
Sur le plan des recettes, la FNTV appelle à une remise à plat des leviers de financement. Plutôt opposée au concept de gratuité, elle plaide pour une tarification équitable et responsabilisante. Sur le volet fiscal, le versement mobilité demeure sous-utilisé : la moitié des régions n'aurait pas activé ce levier. Plutôt que de créer de nouvelles taxes, la fédération suggère de redéployer les ressources existantes, notamment les recettes des péages ou les taxes carbone.
Ce point prend une importance cruciale à l'approche de 2027. L'instauration de la taxe carbone européenne ETS2 fera grimper mécaniquement les coûts de carburant d'environ 10 %, avec une répercussion directe estimée à plus de 1 % sur les charges d'exploitation des opérateurs. De quoi amplifier la pression économique sur des exploitants déjà sous tension.
Repenser les critères d'attribution des appels d'offres
Parmi les leviers mis en avant par la FNTV figure la nécessité de repenser la structure des critères d'attribution. Aujourd'hui, la pondération standard favorise le critère prix, qui représente 60 % de la note finale, contre 40 % pour les critères techniques. Le principe n'est pas remis en cause, mais son application pose problème quand les critères techniques ne sont pas assez sélectifs.
Sur ces 40 %, 9 % concernent la transition énergétique (choix des motorisations, type de véhicules). Les 31 % restants portent sur des éléments comme la formation des conducteurs ou les dispositifs de vérification du dernier passager, sur lesquels la quasi-totalité des opérateurs obtiennent la note maximale.
« Faute d'exigence réelle, ces critères ne permettent pas de départager les candidats sur la qualité technique réelle de l'offre. La compétition se reporte mécaniquement sur le seul critère prix. »Abdel Mammad, FNTV Auvergne Rhône Alpes
Ce biais structurel tend à pénaliser les opérateurs vertueux, qui investissent dans des véhicules propres et dans la qualité de service, mais se retrouvent désavantagés par une grille insuffisamment sélective. La fédération ne remet pas en cause l'équilibre 60/40 : elle appelle à revaloriser le contenu technique pour rendre les appels d'offres plus sélectifs et plus incitatifs à l'innovation. Plusieurs pistes sont avancées :
- La présence d'un dépôt local ou de sites de remisage, gage d'ancrage territorial et de capacité managériale.
- Des indicateurs sur la gestion des aléas opérationnels, comme les absences inopinées ou la pénurie de conducteurs. Sur ce plan, certains AOM demandent explicitement à leurs transporteurs de se munir d'une solution de guidage embarqué : une norme de formation et de gestion des remplacements devient un gage de qualité pour l'autorité organisatrice, tout en réduisant les coûts d'exploitation.
- L'intégration d'un critère sécurité, aujourd'hui souvent absent des cahiers des charges.
- Une meilleure valorisation des investissements dans la transition énergétique, pour que les efforts financiers ne soient plus sanctionnés par une perte de compétitivité sur le prix.
L'objectif n'est pas de bouleverser l'équilibre global des appels d'offres, mais d'enrichir leur dimension qualitative pour favoriser un service plus durable, mieux organisé et réellement différencié.
Durée des marchés, lots, négociation : les autres leviers
Plusieurs autres pistes ont été mises en avant pour permettre aux opérateurs d'optimiser leur réseau de transport sans renoncer à la qualité.
Allonger la durée des marchés
Aujourd'hui souvent limités à trois ou cinq ans, certains contrats pourraient être allongés jusqu'à dix ans pour les lignes régulières.
« Il nous faut de la visibilité pour investir, surtout quand un véhicule électrique coûte deux fois plus qu'un diesel. »Abdel Mammad, FNTV Auvergne Rhône Alpes
Réhabiliter les marchés négociés
Jugés trop complexes, ils cèdent du terrain aux appels d'offres standardisés. Pourtant, la négociation permet d'ajuster l'offre et d'optimiser les ressources, souligne le directeur de secteur d'un grand opérateur.
Revoir la taille des lots
Des lots plus vastes favoriseraient l'amortissement des investissements liés à la transition énergétique, plaide Michel Seyt.
Simplifier les outils de chiffrage
Le bordereau de prix actuel, en partie verrouillé et trop complexe, freine la transparence et nuit à l'égalité des chances entre les opérateurs.
Côté Région : entre visibilité et réactivité
Attentif mais prudent, le conseiller régional Julien Vuillemard a rappelé le poids administratif des marchés de longue durée.
« Si on veut de la visibilité, il faut aussi de la réactivité. Qui peut dire de quoi demain sera fait ? »Julien Vuillemard, conseiller régional
Il s'est toutefois dit ouvert à une révision des critères techniques, reconnaissant que la formation des conducteurs relève parfois plus du savoir-faire que de critères objectifs. Sur la taille des lots comme sur les bordereaux de prix, la porte reste entrouverte. Le poids budgétaire croissant du transport, 630 millions d'euros par an pour la Région Auvergne Rhône Alpes, alimente la réflexion sur le financement et la question, lancinante, de savoir qui paiera la hausse continue des coûts.
Réseaux ruraux et sécurité : des angles morts à corriger
Dans un témoignage remarqué, Gilles Sabatier, représentant d'un AOM rural en Pays Issoire, a mis en lumière une autre faille : les règles de récupération de la TVA. Pour être éligible, un réseau doit générer un chiffre d'affaires représentant plus de 10 % de ses charges.
« Un service scolaire qui coûte 12 000 € pour 4 à 5 élèves ne peut tout simplement pas respecter ce seuil. »Gilles Sabatier, AOM du Pays d'Issoire
Une situation qui menace directement la viabilité des offres rurales de mobilité.
En synthèse. Entre exigences budgétaires, impératifs climatiques et complexité réglementaire, les transporteurs régionaux avancent sur une ligne de crête. Les propositions de la FNTV, pragmatiques et structurées, ouvrent la voie à des ajustements pour la qualité du service. Reste à les transformer en mesures concrètes, dans un dialogue soutenu avec les pouvoirs publics, pour que la transition ne rime pas avec précarité mais avec performance durable.
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Demander une démoFAQ - Financement et optimisation des réseaux de transport
Que signifie « faire plus avec moins » pour le transport de voyageurs ?
C'est l'obligation de produire plus d'offre et plus de qualité de service tout en composant avec des budgets contraints et une transition énergétique coûteuse. L'optimisation du réseau de transport et la modernisation des appels d'offres en sont les principaux leviers.
Pourquoi le critère prix (60/40) pose-t-il problème dans les appels d'offres ?
Parce que les 40 % de critères techniques sont souvent peu sélectifs : la quasi-totalité des opérateurs y obtiennent la note maximale. La compétition se reporte alors sur le prix, ce qui pénalise les opérateurs qui investissent dans la qualité et des véhicules propres.
Quels leviers pour optimiser un réseau de transport à moyens constants ?
Revaloriser les critères techniques (dépôt local, gestion des aléas, sécurité), allonger la durée des marchés, réhabiliter les marchés négociés, revoir la taille des lots et simplifier les outils de chiffrage. Des dispositifs comme le guidage embarqué réduisent aussi les coûts d'exploitation.
Qu'est-ce que la taxe carbone ETS2 et quel impact à l'horizon 2027 ?
ETS2 est le mécanisme européen d'échange de quotas carbone appliqué aux carburants. À l'approche de 2027, il pourrait renchérir le carburant d'environ 10 %, avec une répercussion estimée à plus de 1 % sur les charges d'exploitation des opérateurs.
En quoi une solution de guidage aide-t-elle à faire plus avec moins ?
En sécurisant la prise de lignes, la gestion des remplacements et des aléas (absences, pénurie de conducteurs), elle réduit les erreurs d'itinéraire et les coûts associés, tout en constituant un critère concret de qualité pour les autorités organisatrices.


